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lundi 21 janvier 2013

Tribune d'un auteur qui s'interroge.

Bonjour à tous,

Nombre d'entre-vous l'auront remarqué : il y a eu une multiplication ces derniers mois d'articles émanant d'auteurs de BD qui s'indignent, se révoltent, s'émeuvent de la dégradation progressive de leurs conditions de travail, et de vie par extension.

Résumons-nous : dans un marché sursaturé, avec un contexte de crise économique qui impacte le budget des lecteurs, des nouveautés qui n'en finissent pas, des libraires qui n'ont plus de place sur leurs étalages pour mettre en avant les nouveautés pendant plus d'une semaine (et encore, quand les cartons ne repartent pas directement dans l'autre sens), des gros titres dont les ventes ne suffisent plus à compenser les méventes d'autres titres, le milieu de la BD est devenu un endroit où il ne fait guère bon vivre.

Ne nous leurrons pas, la place n'est facile pour aucun des acteurs de ce petit univers, et loin de moi l'idée de lancer la pierre aux uns ou aux autres.
Le problème qui revient le plus souvent est quand même le suivant : un auteur BD ne dispose d'aucune forme de protection chômage de quelque sorte que ce soit... Après un album ou après 10 ans de bons et loyaux services, un auteur modeste ou à succès se retrouve devant le même problème dès lors que ses séries ne se vendent plus : il n'a aucun revenu, aucun chômage, rien à part le RSA si il est chanceux.

Ne rêvons pas, en dépit d'un syndicat (malheureusement méconnu) qui fait ce qu'il peut, ce ne sont pas quelques 1500 auteurs de BDs qui pourront faire changer les us et coutumes d'un métier dont tout le monde se fout, accroché à l'idée que comme nous vivons de notre passion, nous n'avons pas à nous plaindre.

En revanche, même si l'on ne peut changer en profondeur notre métier, ne serait-il pas possible d'y apporter quelques améliorations mineures pour peu que chacun y mette du sien ?

Actuellement, un auteur est payé comme suit : il touche des avances sur droit correspondant à un nombre hypothétique minimum d'albums vendus, payables pendant la production par l'éditeur, et non-remboursable (c'est la prise de risque éditeur), et à la suite de ça, s'il est chanceux, l'auteur touchera des droits d'auteur pour chaque album vendu au-dessus du montant touché lors des avances.

Un système sans décompte d'heures, sans salaire minimum, sans chômage donc, car ne cadrant avec aucun des contrats usuels encadrés par les règles d'un travail "normal".

Une piste m'est venue, pas une solution non, mais une direction à suivre qui pourrait peut-être arranger ça. Je résume en une phrase simple.

Et si on convertissait l'avance d'un auteur en X mois de SMIC réparti sur le temps de travail approximatif de l'album ?

Mettons qu'un auteur qui touchait une avance de 9000 € par l'éditeur soit en fin de compte embauché pour un CDD de quelques mois, avec un SMIC mensuel dont la somme lors du contrat équivaudrait à peu près à ce qu'il aurait touché en avances. Et une annexe au contrat stipulerait par la suite qu'il toucherait des droits d'auteurs à partir de X albums vendus, comme à l'habitude.

De ce fait : l'auteur aurait un salaire fixe pendant quelques mois, il pourrait prétendre à la fin de son CDD toucher du chômage, le temps de finir l'album s'il est en retard, ou de démarcher d'autres éditeurs pour une autre série si la sienne s'achève. Ca lui ouvrirait le droit à des congés payés également, pourquoi pas ? Et sur les sommes mises en jeu, je ne crois pas que ça changerait grand chose pour les éditeurs.

Je ne dis pas qu'il n'y a pas là plusieurs problèmes, que ce soit en terme de charges sociales pour les éditeurs, de limitation de l'application de ce système compte tenu de rouages administratifs dont je n'ai pas idée. Mais je suis persuadé qu'en travaillant ensemble, nous pourrions déjà solutionner ce problème de façon à ce que les auteurs n'en soient pas réduits à travailler des heures pour des clopinettes, et à toujours courir après leurs éditeurs pour récupérer ce qui leur est dû, ou trouver immédiatement de nouveaux contrats sans même pouvoir souffler 48h entre 2 albums.

Voilà, l'idée est lancée, elle n'est peut-être pas faisable mais j'espère que quelqu'un quelque part, un éditeur de bonne volonté peut-être, saura voir qu'il y a par là une opportunité de changer les choses.

Edit : Les soucis soulevés :

  • Problème de charges pour l'éditeur qui devrait débourser 2,5 fois plus qu'actuellement.
  • L'impossibilité de cumuler plusieurs boulots comme le font de nombreux auteurs à l'heure actuelle.


2 commentaires:

Amibe_R Nard a dit…

Disons que 9000 euros, ça donnerait

9000 / 1,5 = 6000 euros.

L'éditeur ne va pas payer en plus, hein. C'est donc l'auteur qui va casquer pour la part patronale.

Au niveau du SMIC, ça fait 5 mois de travail. Pas sûr qu'on puisse toucher le chômage avec si peu de cotisations. Et pour toucher le chômage, il faut vraiment être à la recherche d'un emploi. Pas se trouver entre deux contrats aux frais de la princesse. :-)

Pour ce qui est des multiples contrats, aucun problème, on peut très bien cumuler plusieurs emplois en même temps avec différents employeurs. Le tout est d'arriver à jongler avec les horaires.

Ce qui ramène l'idée à : prendre un boulot à mi ou tiers, ou quart temps pour avoir une certaine sécurité matérielle. Afin de mieux survivre de son art. Tant qu'on n'a pas deux ou trois contrats annuels... comme tout indépendant/commerçant, qui souffre des mêmes problèmes.

Le conjoint qui travaille est aussi une bonne idée pour la sécurité matérielle. :-)

Bien Amicalement
L'Amibe_R Nard

Alliance a dit…

Je devine un peu le problème que les artistes de BD vivent même si je n'ai pas tout compris les termes que tu as employé Le Fab (n'habitant pas en Europe doit pas aider).

A moins de travailler sur une série très forte et d'avoir la chance d'obtenir des revenus de produit dérivé, les auteurs ne gagnent pas assez entre entre les albums. Et avec le coût de la vie en se moment, si chaque album ne se vends pas...disont 25 000 (chiffre hypôthétique), l'artiste ne reçois pas assez d'argent pour combler les dépenses de la vie quotidienne fait pendant le temps de la conception de l'album.

Ah! Nos artistes ne sont pas des magiciens. Ils ne créent pas des albums en une journée d'un coup de crayon magique. (Mais ne serais-ce pas merveilleux?)